DIRECTION ARTISTIQUE · ROUEN · DEPUIS 2016

Qui suis-je ?

Fabrice Chivot, directeur artistique et fondateur de Bicome, revient sur son métier et sur ce qui a changé en quinze ans.

Fabrice Chivot, d'où venez-vous ?

J’ai commencé ce métier à 17 ans, avec un CAP de monteur incorporateur copiste. L’intitulé ne dit plus grand-chose à personne, mais il m’a appris la rigueur de la chaîne graphique avant que tout passe au numérique. Ensuite je me suis formé seul sur les outils Adobe, depuis les premières versions d’Illustrator. Autodidacte, et je le suis resté : ce métier change tous les deux ans.

J’ai passé près de dix-huit ans comme directeur de studio, à accompagner jusqu’à vingt-cinq collaborateurs. C’est là que j’ai travaillé sur les collections Ferrero et Kinder. On y faisait aussi bien du packaging que de l’affiche 4×3, de la plaquette que du montage vidéo.

Qu'est-ce qu'un bon directeur artistique, selon vous ?

Savoir dessiner un beau logo ne suffit pas. Il faut tenir toute la chaîne : le print, l’identité visuelle, le packaging, la photo, la vidéo, le motion design, le web, l’UX, le référencement. Et maintenant la 3D et la numérisation d’œuvres.

Je mets le même soin dans une carte de visite que dans une campagne complète. Un artisan a droit au même travail qu’une PME.

Pourquoi avoir créé
Bicome ?

Bicome existe depuis le 24 juin 2016. L’idée était d’accompagner les entreprises, de l’artisan à la PME, pour leur donner une image professionnelle qui tienne dans la durée.

L’humain passe avant tout, et je préfère les résultats aux grands discours. J’ai trop croisé ce que j’appelle des « toto Picasso » : des gens capables de vous vendre du rêve pendant une heure, beaucoup moins de produire quelque chose de concret. Je ne suis pas le plus bavard. Je préfère écouter, analyser, puis créer. À la fin d’un rendez-vous, je sais généralement dans quelle direction aller, et cette intuition fait souvent mouche.

Comment travaillez-vous
un logo ?

Ça commence toujours par l’écoute : comprendre le métier et ce que le client attend vraiment. Quand il m’apporte des références qui ne conviennent pas, je lui dis pourquoi plutôt que de les suivre.

Ensuite je fais un audit graphique du secteur, pour voir ce qui existe déjà et ce qu’il faut éviter. Puis je laisse reposer une journée. Ce recul fait partie de la méthode : les idées de la veille ne résistent pas toutes au lendemain.

Je présente en général trois pistes, davantage si le projet le justifie. Le critère est simple : un bon logo, on le reconnaît au premier regard.

Et l'identité visuelle ?

Elle se construit avec le client, jamais sans lui. Les couleurs doivent refléter sa personnalité, tout en tenant compte des codes de son secteur quand ils sont pertinents. Les ignorer par principe est aussi maladroit que les suivre bêtement.

Le choix des typographies me prend souvent plusieurs heures. Il faut qu’elles aient du caractère, qu’elles restent lisibles partout, et qu’on puisse encore les regarder dans dix ans. C’est rarement le premier essai qui gagne.

Vous utilisez l'intelligence artificielle ?

Pour chercher de l’information et pour travailler des textes, oui, c’est un assistant remarquable. Pour concevoir un logo, non. La création doit rester humaine.

Je refuse aussi de reprendre un logo généré par IA quand le fichier est techniquement inexploitable, et c’est souvent le cas. Repartir d’un tracé approximatif coûte plus cher que recommencer proprement.

Fabrice Chivot, qu'est-ce qui vous passionne aujourd'hui ?

Le scan 3D, la photogrammétrie, la reproduction d’œuvres. C’est une suite logique du métier, pas un virage. Je travaille avec un scanner Creality Raptor, un Canon EOS R6 Mark II, une imprimante résine Anycubic M7 Max et une Bambu Lab H2S.

Ce qui me plaît, c’est la passerelle entre la création graphique et l’objet réel : ne plus s’arrêter au dessin, mais modéliser, prototyper, imprimer, fabriquer. Avec Dékalé et Nicolas Lainey, nous avons conçu pour Asteria et Prysmian une ePLV entièrement démontable. Découpe numérique, LED intégrées, pièces modélisées et imprimées à l’atelier. Elle se réhabille après chaque salon avec un nouveau message, sans reconstruire la structure.

Je travaille aussi avec des sculpteurs : Jean-Marc de Pas, qui participe au développement des procédés de l’atelier, M-DAN, et Arnaud Berman. Avec la 3D, mon objectif est d’aider les artistes, les musées et les fondeurs à archiver et reproduire leurs œuvres.

La question qu'on vous pose le plus souvent ?

« Combien ça coûte ? » Sans hésitation.

On compare souvent quelques secondes d’IA à plusieurs jours de réflexion créative. Mais la valeur d’un logo ne tient pas au temps passé à le dessiner : elle tient à l’expérience qui permet de prendre les bonnes décisions. C’est ce qui se paie, et c’est ce qui fait qu’un logo tient dix ans au lieu de deux.

Quels projets vous ont marqué ?

Les Médiévales de Rouen, Les Vitrines de Rouen, le Jardin des Sculptures, Emergence-s, l’ATMP76. Et beaucoup d’autres, dans des secteurs très différents : agroalimentaire, industrie, artisanat, social, culture, sport, tourisme, communication.

Chaque projet est une aventure humaine. Voir la réaction d’un client au moment où il découvre son nouveau logo reste l’un des plus beaux moments de ce métier.

Je ne cours pas après les récompenses. Ma plus belle reconnaissance, c’est la confiance de mes clients et leur fidélité. Beaucoup travaillent avec Fabrice Chivot depuis plus de dix ans, avant même la création de Bicome.

Où voyez-vous Bicome dans cinq ans ?

Plus technique, et plus humaine. Les deux ne s’opposent pas.

Je suis convaincu que les créations authentiques vont reprendre de la valeur face aux contenus standardisés produits automatiquement. Et je veux développer fortement le pôle scan 3D, reproduction d’œuvres et moulage. C’est là que le métier de directeur artistique redevient un métier de fabricant.

Un projet à discuter ?

Le premier échange avec Fabrice Chivot est gratuit, et il sert surtout à savoir si on va bien travailler ensemble. À dix minutes de Rouen, et nous nous déplaçons dans toute la Normandie. Pour un projet de numérisation 3D d’œuvres ou de création de logo, quelques photos et un premier appel suffisent pour démarrer.